12.04.2008

Genèse de l'identité occitane.

        

   

C’est au cœur d’un ensemble géographique particulier (1), baigné par la Miegterrana (au sud-est) et l’Océan (à l’ouest), protégé par la chaîne des Pyrénées (au sud-ouest) et celle des Alpes (à l’est), que s’est forgée au fil des siècles, tantôt au gré des échanges commerciaux et culturels, tantôt grâce à l’apport biologique et technique de populations européennes, ce qu’il convient d’appeler l’identité occitane.
 

          Rèire istòria, préhistoire

          Comme l’atteste la présence de nombreux sites archéologiques, la présence humaine en Occitanie remonte au paléolithique, période durant laquelle s’établit la civilisation moustérienne, déjà spécifique à la région, que l’on oppose à la civilisation acheuléenne (2), apparue beaucoup plus au nord. Sur les territoires des Pays d’Oc actuels, les Magdaléniens chassent le bouquetin – dans le nord, c’est le renne – et découvrent « l'expression religieuse et artistique ».
          En 7 000 av. J.C. apparaît l'agriculture, puis ont lieu les premiers échanges commerciaux (aux alentours de 4 500 av. J.C.) avec les Phéniciens. Quant aux premières « fabrications autochtones en cuivre », elles datent d’environ 2 000 av. J.C.
 

          Edat antica, période antique

          Les apports des Grecs et des Celtes

          Commerçant depuis plusieurs millénaires avec des populations issues de la péninsule grecque (Mycéniens, Hellènes), les habitants de l’actuelle Occitanie voient s’établir, durant la seconde moitié du Ier millénaire av. J.C., plusieurs comptoirs créés par les Grecs – ainsi en est-il des villes de Marselha (Marseille), de Agde et de Niça (Nice) – où sont introduits, par les monuments, les temples et les sculptures, les premiers éléments de culture classique.

          Les Celtes (3), présents un peu partout en Europe depuis le Xème siècle av. J.C., forment un peuple à la fois civilisé et prolifique. Grâce à eux, les populations autochtones reçoivent un apport biologique de qualité en se mêlant à ces guerriers indo-européens et nomades.
          Leur influence est essentielle dans la construction de l’identité occitane, dont ils représentent la première couche constitutive, de part leur apport, ici d’ordre technique (travail du fer et orfèvrerie), jusqu'à un style de vie particulier (vie en petits groupes, chasse et pêche, communion avec la nature).
          Ils nous lèguent enfin le célèbre « Vae  victis ! » de Brennus, qui prend Rome en 390 av. J.C.

          Les Romains et le concept d’Etat

          Jusqu’à l’arrivée des Barbares (4), pour les Romains (et les Grecs), et ce d'une façon tout à fait consciente, la réalité géographique et territoriale réside en la cité. C’est pour se protéger de ces derniers que Rome met rapidement en place une organisation politique et sociale originale et complexe… l’Etat.
          Une fois instauré, l’Etat romain étend ses compétences et son autorité, tout d’abord au détriment des Grecs, à l’est, et des Carthaginois, au sud. Vint ensuite le tour des Celtes d’Occitanie du Sud (Provence et Languedoc) de tomber sous le joug romain (IIème siècle av. J.C.), puis des Arvernes et des Rutènes, comme le célèbre épisode de la bataille d’Alésia en témoigne (52 av. J.C.).
          Comme leurs prédécesseurs, les Romains introduisent en Occitanie leur savoir-faire, les concepts nés de la conscience et de la mentalité spécifiques aux peuples de la péninsule italienne. L’administration romaine pénètre ainsi en Occitanie, en même temps que, et ce n’est pas rien, le droit écrit et le latin.
          Cet apport représente la deuxième couche constitutive de la construction de l’identité occitane.
 

          Edat barbara, période « barbare »

          Les Wisigoths (Visigòts)

          En 27 av. J.C., la Narbonnaise (5) devient province impériale. Débute pour l’Occitanie une période de relative prospérité, due notamment aux succès de Rome qui connaît son apogée (IIème siècle). Puis s’opère un lent processus de décadence que l’édit de Caracalla (212) vient parachever en étendant à tout l’Empire le droit de cité romain. Tout résidant libre peut ainsi accéder à des responsabilités politiques, civiles ou militaires. Les Barbares pénètrent alors à tous les échelons de l’Etat qui, miné par ses dissensions internes, la dénatalité, la paresse et la pression démographique extérieure, fini par s’écrouler.
          Parmi les peuples de Germains qui prennent possession de l’Empire agonisant, il y a les Ostrogoths (Ostrogòts), implantés à l’ouest du Rhône (6), et les Wisigoths (Visigòts), établis à l’est (7). Le chef de ces derniers, Ataulf, fonde un royaume Wisigoth en 412, après la mort d'Alaric Ier, qui a pris Rome.
          Profondément romanisés en Occitanie, à tel point que le roi Alaric II impose « son Bréviaire – code de lois écrites – dont l’usage perdure dans notre région jusqu’au XVIIIème siècle ». L’empreinte durable qu’ils ont laissée à la civilisation celto-romaine, caractérisée par une « culture artistique raffinée » et l’établissement d’une administration stable, figure la troisième couche constitutive de la construction de l’identité occitane.

          La conquête franque

          Plus que tout autre peuple, les Francs – des Germains, eux aussi –  procèdent, après la conquête du Royaume Wisigoth par Clodovitz (Clovis), qui tue en combat singulier le roi Alaric II à Volhièr (507), à la « déceltisation » de l’Occitanie. Cependant, il convient ici de nuancer notre propos car l’Occitanie garde malgré tout la marque profonde du passage des Celtes sur ses terres. Ainsi en est-il de nombreux aspects des traditions occitanes, comme la chasse et la pêche. Des mots « comma "bragas", "carri" o "cervesa", ou encore l'usage dans la musique traditionnelle des "cabretas" et des "boas" en attestent ».
          La victoire de Clodovitz, chef des Francs, ouvre grand la voie à l’invasion de dizaines de milliers de Germains s’installant en Occitanie avec leurs familles, étendant leur autorité, établissant des liens étroits avec l’épiscopat que Clodovitz (Clovis) protège tout en régnant sans partage sur l’ensemble de la Gaule. Par son apport biologique, le sang neuf et l’esprit nouveau qu’elle insuffle à l’Occitanie, l’invasion franque forme bien la quatrième couche constitutive de la construction de l’identité occitane.
 

          (1) Si la spécificité de l’ensemble géographique occitan, « Pays de deux mers et de trois montagnes », a incontestablement accéléré la constitution de l’identité occitane, elle aura été dans le même temps – et ce même si d’autres « facteurs » jouent aussi –  un frein tout aussi efficace à la création d’un Etat occitan autonome.

          (2) La civilisation moustérienne est caractérisée par une industrie lithique faite de nombreux racloirs tandis que la civilisation dite « acheuléenne » l’est par ses industries à bifaces.

          (3) Les Celtes, pour ce qui est de la seule Occitanie, se divisent en plusieurs « tribus ». Les plus connues sont les Arvernes (Auvergne), les Allobroges (entre Savoie et Provence), les Volques Arecomiques (Nîmes) ou Tectosages (Toulouse, Carcassonne), les Rutènes (Quercy), ou encore les Bituriges (près de Bordeaux).

          (4) Du grec, « barbaros » (littéralement « étranger »), ce terme servait à désigner tous les peuples, y compris les Romains, restés en dehors de la civilisation grecque puis, employé par ces derniers, tous ceux qui ne participaient pas à la civilisation gréco-romaine.
On distingue, parmi les Barbares, les Goths, les Vandales, les Burgondes, les Francs, les Celtes, les Huns…

          (5) Cette ancienne province de la Gaule romaine comprenait la Savoie, le Dauphiné, la Provence et le Languedoc.

          (6) Lorsque l’on descend le Rhône, ce qu’ont fait les Barbares, les Wisigoths sont bien établis à l’ouest du fleuve.

          (7) Ils contrôlent un vaste territoire s’étendant du delta du Rhône à l’estuaire de la Gironde, le grand « sud-ouest occitan », ainsi que la presque totalité de la péninsule ibérique, moins la Galicie et la moitié nord du Portugal actuel.

27.12.2007

Mort d’André Castéra

André Castéra s’est éteint dans la soirée du 25 décembre. Point final d’une vie hors du commun. Car le destin du petit vigneron de Montredon devenu leader viticole est vraiment exceptionnel. La vieillesse, la maladie l’avaient contraint à une forme d’oubli.

Une voix s’est tue. Pas n’importe quelle voix, la voix qui longtemps incarna la révolte vigneronne, la voix du Marcelin Albert de nos temps modernes, celle d’André Castéra.
Le “vieux sage” s’en est allé, et c’est sagement et symboliquement l’année du centenaire de 1907 qu’il a tiré sa révérence.
C’est vrai que la maladie et l’usure du temps l’auront beaucoup aidé à nous quitter, laissant aussitôt le souvenir monumental d’un homme, de ce modeste vigneron de Montredon qui se permit un beau matin de faire trembler le pouvoir, et de faire “courir la police”. “Castéra le Terrible”, comme le clamera France Dimanche, lui consacrant huit colonnes et sa “une” entière, c’était lui.
L’action syndicale
Pourtant, rien ne le prédestinait à cette authentique et éphémère gloire, lui qui n’opérait un retour au bercail, en 1950, que par nécessité. Le père Castéra est alors malade, il a besoin de son fils. Il est là. L’action syndicale l’intéresse, André Castéra devient secrétaire de la CGVM. L’histoire, son histoire est en marche. Tout commence vraiment le 19 avril 1951 : un grand jour pour lui. “Le temps de la grogne et des atermoiements est révolu”, dit-il, alors qu’il est chargé de lire une motion de Montredon à la réunion de la CGVM à Narbonne.
“Soixante ans presque jour pour jour après Marcelin Albert, André Castéra prend son bâton de pèlerin et le même phénomène inexplicable se produit”, raconte notre confrère et éditorialiste de L’Indépendant, Bernard Revel, dans son ouvrage Montredon, les vendanges du désespoir. André Castéra ne se reposera plus, chaque village veut le recevoir, l’entendre. Les femmes suivent, souvent au premier rang, à l’image de Madame Castéra et de leurs deux filles. Pour le mouvement viticole, l’émergence d’un tel leader charismatique est une aubaine.
C’est par milliers que les vignerons vont répondre à ces appels à la mobilisation : “N’importe où qu’il aille, nous irons l’écouter” disent-ils. L’homme de Montredon, “maigre comme un chat au printemps” (dixit Maffre-Baugé) devient le point de ralliement d’une colère terrible : 15 000 manifestants défilent en février 1967 à Narbonne, le même jour il y en aura 10 000 à Béziers et quelques autres milliers à Nîmes, Aix, Brignoles et Perpignan. “Le jour de gloire est arrivé, c’est le mien, c’est le vôtre, c’est celui de la viticulture”, lance-t-il. Chacune de ses phrases est ponctuée d’un tonnerre d’applaudissements, témoigne toujours Bernard Revel, “dans ce flot de paroles qu’il a l’air de découvrir lui-même au fur et à mesure qu’il les prononce, tout y passe : sa famille, Napoléon, ses vignes, les courtiers, le gouvernement, les élections. Même la grandiloquence qui, ailleurs, serait ridicule, fait mouche.” C’est du Marcelin Albert, “tu te prends pour Napoléon”, lui avait dit un jour son gendre. “Femmes de vignerons, vignerons, je suis content de vous”, dit-il à sa Grande Armée en marche.
Les plus anciens se souviennent encore de ces mers humaines où les banderoles chantent sa gloire, “Vaincre ou mourir avec Castéra”.
A Jean Lacouture, alors journaliste au Monde, il déclarera : “Sur un signe de moi, ils seront demain cent mille à Narbonne. Si on m’arrête ce sera la révolution.”
La gloire
La gloire le grise, mais l’effraie tout autant, lui, le “Napoléon des vignes” qui reçoit des lettres signées “un soldat de Castéra”.
“Je ne peux pas les décevoir”, dit encore Castéra. Mais elle viendra bientôt cette déception : Mai 68 passe par là, des élections aussi.
Certains l’accusent de sympathie pour la droite, lui qui a eu pour instituteur, à Montredon, le propre grand-père d’Edgar Faure.
Contrairement à plusieurs compagnons de route, ses “maréchaux”, il ne fréquente pas le puissant pouvoir socialiste audois. Il finira par rendre les armes, lui qui avait clamé : “Dans l’Aude, nous constituons le dernier carré. Comme la garde de Waterloo, nous ne nous rendrons pas.” Le syndicalisme vigneron y perdra son tribun, mais y gagnera un sage toujours écouté. Dans ses vignes de Montredon, plus que jamais, André Castéra restera un “seigneur”.
(Source:l’Indépedant)

16.06.2007

1907, Vinhairons en colera!

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Au début du XXème siècle, le monde viticole du Midi est en plein désarroi. IL y a surproduction et la fraude est impunie. Marcellin Albert, petit viticulteur et cafetier à Argeliers, village de l'Aude, va chercher à se faire entendre pour fédérer les producteurs de vins sinistrés et les conduire à la révolte contre un gouvernement laxiste et insensible. Guillaume, employé par Jean-Joseph Malvinas, un gros exploitant, pour s'introduire dans le mouvement de Marcellin Albert et contrecarrer ses plans, va être le témoin de la fulgurante ascension de ce dernier.

10.06.2007

I a 100 ans: 1 million de personas a Besièrs

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  Une autre version de la marseillaise, écrite par Auguste Rouquet en 1907, et qui sera avec la vigneronne le chant révolutionnaire entonné par les 87 d'Argeliers, puis par tout le peuple Languedocien qui soutient avec crainte et fierté ses vignerons au bord du chaos, dans un pays ruiné par le tigre (Clémenceau), l'état français et les fraudeurs.



Pour affirmer nos droits de vivre,
Fils du Midi, assemblons-nous ;
Les fraudeurs à la mort nous livrent,
Qu'ils redoutent notre courroux ! (bis)
Entendez-vous dans nos campagnes,
Retentir nos cris et nos pleurs ?
Depuis trop longtemps les fraudeurs
Affament nos fils, nos compagnes.

Debout ! Viticulteurs !
C'est trop, trop de malheurs !
Luttons ! luttons !
Pour que la faim déserte nos maisons !

Quoi! ces fraudeurs dans leurs richesses
Riraient de nos pauvres foyers !
Eux qui vivent de nos détresses
Devant eux nous verraient ployer (bis)
Quoi ! nous dépeuplerions nos terres
Des vignes aux pampres juteux!
Là où vécurent nos aïeux
Nous ne trouverions que misère !

Debout ! Viticulteurs !
C'est trop, trop de malheurs !
Luttons ! luttons !
Et, sans faiblir, ensemble nous vaincrons !

De notre vin nous voulons vivre.
Qu'on écoute enfin notre voix;
Que des fraudeurs on nous délivre,
Qu'on nous donne ce qu'on nous doit. (bis)
Accourez ceux de Carcassonne,
De Béziers et de Lézignan,
D'Argeliers, Nîmes, Perpignan,
Coursan, Montpellier et Narbonne !

Fils du Midi, Debout !
Nous irons jusqu'au bout!
Luttons ! luttons !
Et, sans faiblir, ensemble nous vaincrons !