TITRE DE L'OUVRAGE : Histoire de la Reconquista
AUTEUR : Philippe Conrad
ANNEE : 1999
EDITEUR : P.U.F. Collection Que sais-je ? n° 3287
PAGES : 128
RESUME : De l’année 711, où le gouverneur arabe de Tanger Tarik ben Ziyad franchit le détroit qui porte désormais son nom avec une armée de 7000 hommes tant arabes que berbères, à l’année 1614 qui voit l’épilogue de l’expulsion des derniers morisques, ce livre raconte neuf cents ans de confrontation en Espagne entre le monde islamique et le monde européen alors chrétien. Véritable livre d’historien, il ne vise pas à démontrer une thèse mais rappelle, en se basant sur une historiographie sérieuse espagnole comme française, comment s’est progressivement déroulée une reconquête de l’Espagne musulmane à partir du réduit hispano-chrétien des Pyrénées. Il en montre tous les aléas, en soulignant comment, de part et d’autre, l’enjeu religieux finit par se radicaliser à partir du IXème siècle.
INTERET PEDAGOGIQUE : Cet ouvrage possède les avantages et les inconvénients des « Que sais-je ? » : une information complète et détaillée dans un espace réduit de pages à l’écriture serrée qui peuvent le rendre un peu difficile à lire. Cependant le style de Philippe Conrad en rend l’accès clair et relativement facile pour le néophyte. Il peut permettre utilement d’éclairer le programme d’histoire de Seconde dans sa partie « la Méditerranée au XIIème siècle, carrefour de trois civilisations ». En effet, ce programme poursuit un but politique et culturel visant à accréditer l’idée qu’une occasion de rencontre pacifique, culturellement et économiquement enrichissante, a été ratée au XIIème siècle du fait, essentiellement, d’un Occident chrétien moins raffiné et plus intolérant que le monde musulman. Le cas espagnol est mis en avant dans ce programme pour démontrer combien, sous la tutelle bienveillante des musulmans, chrétiens et juifs ont pu collaborer, avant qu’une brutale reconquête chrétienne n’y mette fin, à une œuvre de pluralisme culturel et de tolérance réciproque. L’Histoire de la Reconquista de Philippe Conrad a l’avantage de montrer que ces préoccupations de « pluralisme » et de « tolérance » sont anachroniques et que la « bienveillance » musulmane en Espagne mérite de sérieuses réserves. Le XIIème siècle, en particulier, est en Espagne une période d’affrontements sans merci entre des courants fondamentalistes musulmans issus du Maroc, ceux des Almoravides puis des Almohades, et l’idéologie chrétienne de la croisade. Naturellement, l’ouvrage prendra place également dans la bibliographie de base de l’étudiant en histoire.
CITATIONS :
pp. 21 – 22 : « La société et l’Etat nés de la victoire de l’Islam font ainsi coexister diverses communautés religieuses conservant chacune leur propre législation, chrétiens et juifs demeurant subordonnés aux musulmans. Ceux-ci n’étant astreints qu’à l’aumône légale inscrite dans les obligations de chaque croyant, les « infidèles » qui vivent en terre d’Islam présentent un intérêt évident sur le plan fiscal et la mission prioritaire des gouverneurs musulmans consiste à lever l’impôt foncier et la capitation dus par les populations vaincues demeurées fidèles à leur foi…. Les libertés laissées aux chrétiens trouvent cependant très vite leurs limites. Dès le milieu du VIIIème siècle, ceux de Cordoue sont expulsés vers les faubourgs et perdent ainsi, contre une indemnité non négligeable, leurs églises du centre-ville où la cathédrale est bientôt érigée en grande mosquée…..L’autonomie dont jouissent les infidèles demeure par ailleurs extrêmement fragile. Le dhimmi (protégé) qui ne s’acquitte pas de sa capitation peut être réduit en esclavage, voire puni de mort…. Les chrétiens doivent également se garder de toute action susceptible d’être perçue comme une provocation par les fidèles de la religion dominante. La simple vue d’une croix ou d’un porc peut ainsi être interprétée comme une injure faite au Prophète. »
p. 122 : « Neuf siècles ont été nécessaires pour effacer la présence musulmane en Espagne. Neuf siècles d’affrontements quasi permanent qui – s’ils ne peuvent faire oublier les contacts fructueux entre les deux civilisations, notamment par le biais des écoles de traduction tolédanes – n’en commandent pas moins l’histoire médiévale de la péninsule. Regretter l’échec d’une coexistence qui n’avait pas grand chose à voir avec « l’harmonie pluriculturelle » rêvée par certains de nos contemporains n’a guère de sens aujourd’hui. »